Pourquoi les motards sont (encore) dans le viseur du législateur
On va être clair : depuis quelques années, les deux-roues motorisés sont au centre de plusieurs textes de loi. Sécurité routière, pollution, bruit, occupation de l’espace public… tout y passe. Résultat : notre quotidien de motard change, parfois en mieux, souvent en plus compliqué.
Dans cet article, je fais le tour des principales réglementations récentes ou en cours d’application en France, et surtout ce que ça change concrètement quand on roule tous les jours en moto ou scooter. Pas de bla-bla politique, juste : ce que ça coûte, ce que ça risque, et comment s’adapter intelligemment.
Contrôle technique moto : ce qui est vraiment prévu
Le fameux contrôle technique moto, on en parle depuis des années. Après les allers-retours politiques, il est désormais acté et en déploiement progressif pour les deux-roues de plus de 125 cm³ (et certains 50 cm³ selon l’âge).
À l’heure où j’écris ces lignes, le principe est le suivant pour les motos et scooters :
- Contrôle obligatoire pour les véhicules de plus de 5 ans, puis tous les 3 ans.
- Priorité donnée aux plus anciens (mise en place par tranches d’années de mise en circulation).
- Contrôle centré sur : sécurité (freinage, éclairage, direction, pneus, châssis), pollution, bruit.
Dans la pratique, qu’est-ce que ça change pour toi, motard ou scootériste ?
- Fin des motos “bricolées à moitié” : fuites d’huile importantes, plaquettes au fer, pneus carrés… il va falloir arrêter de jouer.
- Échappement non homologué et trop bruyant : très probable que ça coince au contrôle. Si tu as viré le DB-killer, prévois du travail.
- Modifs d’éclairage : clignos LED chinois non homologués, feu arrière douteux, phare mal réglé… tu risques un contre-visite.
Niveau coût, on peut s’attendre à un tarif dans les mêmes eaux que l’auto : autour de 50 à 80 €. Ce n’est pas anodin, mais le vrai coût caché, ce sera les remises en état sur les machines mal entretenues.
Mon avis de mécano : si tu fais déjà un entretien sérieux, tu ne devrais pas trembler. Si ton deux-roues est un chantier roulant, tu vas payer la facture tôt ou tard, contrôle technique ou pas.
Équipement obligatoire : ce qui est vraiment exigé (et ce qui ne l’est pas… encore)
Côté équipement, plusieurs règles sont déjà bien en place :
- Casque homologué CE avec autocollants réfléchissants (même si beaucoup les “oublient”).
- Gants homologués pour le conducteur et le passager (norme CE), sous peine d’amende.
- Gilet jaune à avoir sous la selle ou sur soi, comme en voiture.
Ce qui n’est pas (encore) obligatoire mais clairement encouragé :
- Blouson renforcé (coudes, épaules, dos).
- Pantalon moto ou au moins jean renforcé.
- Bottes montantes ou chaussures moto avec renforts.
Là où la réglementation agit de façon plus sournoise, c’est via l’assurance. Certains contrats commencent à jouer sur le niveau de protection pour l’indemnisation des blessures. Même si ce n’est pas écrit en gros, le sous-équipement peut devenir un argument en cas de gros sinistre.
Mon conseil pragmatique :
- En ville : minimum absolu = casque + gants homologués + blouson renforcé. Le jean classique, ce n’est pas top, mais c’est toujours mieux que le short / t-shirt.
- Sur route / autoroute : passe au combo complet (blouson, pantalon renforcé, dorsale, bottes). Le jour où tu glisses à 90 km/h, tu seras content d’avoir investi 300 € de plus.
Restrictions environnementales : ZFE, vignettes Crit’Air et vie réelle
Les Zones à Faibles Émissions (ZFE) se généralisent dans les grandes agglomérations. Et non, les motos ne sont pas épargnées. La vignette Crit’Air devient indispensable pour savoir si tu peux entrer en ville certains jours.
Schématiquement :
- Les motos avant 2004 (souvent Crit’Air 4, 5 ou non classées) sont les premières visées.
- Petit à petit, certaines villes limitent la circulation aux Crit’Air 1, 2 voire électriques en cas de pic de pollution.
- Même les scooters 125 des années 2000 commencent à être dans le collimateur.
Impact concret pour le quotidien :
- Si tu bosses en centre-ville avec une vieille bécane : tu risques de ne plus pouvoir rentrer certains jours, voire plus du tout à terme.
- Revente plus difficile des motos “polluantes” dans les grandes villes, les acheteurs se méfient.
- Certaines communes commencent à réserver des aides pour l’achat d’un deux-roues électrique ou récent Crit’Air 1.
Avant de changer de moto, je conseille toujours :
- Vérifie ta vignette Crit’Air en ligne avec ton immatriculation (2 minutes chrono).
- Regarde les projets de ZFE de ta ville (pas ce qui est déjà en place, mais ce qui est prévu dans 2–3 ans).
- Fais le calcul : garder ta vieille bécane + train + galère de parking, ou passer à une moto/scooter plus récent et continuer à rouler partout.
Stationnement moto : gratuit, payant, toléré… fin de la fête ?
Autre changement lourd au quotidien : le stationnement des deux-roues motorisés. Paris a ouvert la voie avec le stationnement moto payant, et d’autres grandes villes réfléchissent sérieusement à suivre.
Ce qui se profile un peu partout :
- Incitation forte à se garer uniquement sur les emplacements deux-roues matérialisés.
- Verbalisation plus fréquente des trottoirs encombrés ou des stationnements gênants.
- Tarification spécifique deux-roues motorisés dans certaines villes (abonnements résidents, tarifs visiteurs).
En résumé : le “je me pose où je veux” en ville devient de plus en plus risqué. Le périph de Valenciennes ne deviendra peut-être jamais Paris, mais la tendance générale est claire.
Trois réflexes pour éviter les mauvaises surprises :
- Repérer les emplacements deux-roues autour de ton boulot (quitte à marcher 3 minutes de plus).
- Te renseigner sur la politique de ta ville : certaines offrent encore le stationnement gratuit moto, d’autres non.
- Éviter à tout prix :
- Les entrées d’immeubles et garages.
- Les passages piétons.
- Les trottoirs étroits (poussettes et fauteuils te diront merci, et les policiers aussi).
Remontée de files : ce qui est autorisé… et ce qui ne l’est pas
La circulation interfile (remontée de files) a longtemps été une zone grise. Une expérimentation a été menée sur certains axes, puis suspendue, puis relancée sous conditions. Beaucoup de motards pensent encore que “c’est autorisé partout”. Faux.
Le principe actuel :
- La remontée de files n’est autorisée que sur certains axes et sous certaines conditions, dans le cadre d’expérimentations départementales.
- Ailleurs, tu restes en infraction si tu remontes n’importe comment entre les voitures.
- En cas d’accident en interfile hors des règles, tu seras très probablement jugé responsable tout ou partie.
Concrètement, même là où c’est toléré/encadré, les règles sont souvent :
- Entre les deux files les plus à gauche.
- Vitesse max autour de 50 km/h (ou +30 km/h par rapport aux voitures, selon les périodes de l’expérimentation).
- Interdit si le trafic roule à plus de 50 km/h.
Ce que ça change pour toi :
- Fini le “je remonte à 80 entre les bagnoles” en pensant être dans ton bon droit.
- En cas d’accident, ton assurance va regarder précisément où tu étais et à quelle vitesse.
- Un policier peut très bien te verbaliser pour circulation dangereuse ou non-respect des distances de sécurité.
Mon conseil : considère la remontée de files comme une tolérance encadrée, pas comme un droit. Garde toujours une marge pour freiner, et roule comme si chaque voiture pouvait changer de file sans clignotant. Parce que, devine quoi… c’est ce qui se passe.
Contrôles de bruit et d’échappement : les radars sonores arrivent
Si tu aimes rouler avec un pot “libéré” qui réveille la moitié du quartier à 23h, les prochaines années ne vont pas te plaire. Plusieurs villes françaises expérimentent ou installent des radars sonores, capables de mesurer le niveau de bruit et d’identifier les véhicules trop bruyants.
Ce qui est dans le viseur :
- Échappements non homologués ou vidés.
- DB-killer démonté en permanence.
- Motos en très mauvais état (fuite à l’échappement, silencieux percé).
Dans la pratique :
- Amendes possibles pour dépassement du niveau sonore autorisé.
- Dans certains cas, immobilisation du véhicule et obligation de remise en conformité.
Je ne parle même pas du contrôle routier classique, où un pot non homologué peut déjà te coûter cher.
Mon expérience : un bon pot homologué, bien monté, avec DB-killer, ça fait déjà assez de bruit pour se faire entendre. Le “tube vide” qui casse les oreilles de tout le monde ne t’apporte pas plus de sécurité, juste plus de problèmes.
Permis moto, bridage A2 et formations : ce qui a changé
La réglementation autour du permis et du bridage A2 s’est aussi durcie ces dernières années. L’idée est de lisser la montée en puissance, surtout pour les jeunes permis.
Les points principaux :
- Permis A2 obligatoire pendant au moins 2 ans, quel que soit l’âge (plus de passe-droit à 24 ans).
- Moto limitée à 35 kW (47,5 ch) et rapport poids/puissance limité.
- Pour passer au permis A “plein”, formation obligatoire de 7 heures, sans nouvel examen pratique mais avec attestation de formation.
Ce que ça implique au quotidien :
- Si tu débutes, tu vas vivre plusieurs années avec un A2 : mieux vaut choisir une moto faite pour, plutôt qu’une grosse routière “bridée à mort” qui n’avance pas en bas et reste lourde.
- Pour ceux qui roulent déjà depuis longtemps mais repassent un permis (cas particuliers) : la formation de 7h n’est pas une formalité si tu as pris de mauvaises habitudes.
En atelier, j’ai vu passer pas mal de jeunes en A2 qui se mettaient en difficulté avec des machines mal adaptées : lourdes, hautes, ou trop pointues même bridées. Souvent, une “simple” 650 bi-cylindre bien choisie est plus efficace au quotidien qu’un gros 4-cylindres bridé.
Assurance, sinistres et nouvelles technologies : ce que les textes changent en coulisses
On parle peu des impacts réglementaires sur l’assurance, mais ils sont bien réels. Les assureurs s’adaptent aux nouvelles données disponibles : radars, caméras embarquées, systèmes connectés.
Tendances lourdes :
- Les comportements à risque en ville (vitesse, feu rouge, circulation sur trottoir) sont de plus en plus faciles à prouver.
- En cas d’accident, les rapports de police et images vidéo pèsent lourd. Finies les “versions arrangées”.
- Certains assureurs commencent à proposer des réductions pour les motards participant à des formations de perfectionnement.
Dans la pratique :
- Si tu roules propre, tu as tout intérêt à le faire savoir : stage, attestation, historique sans sinistre = levier de négociation.
- Si tu multiplies les petites infractions, ton profil de risque grimpe et ton tarif avec.
Check-list : comment rester dans les clous sans se ruiner
Pour ne pas subir ces réglementations, le mieux est d’anticiper. Voici une check-list simple à passer en revue tous les 6 à 12 mois :
- Moto / scooter :
- Freins : plaquettes, disques, liquide, fonctionnement du frein arrière (souvent négligé).
- Pneus : usure, craquelures, pression adaptée (surtout si tu roules chargé ou en duo).
- Éclairage : tous les feux fonctionnent, clignotants visibles et homologués.
- Échappement : présence de DB-killer, absence de fuite, bruit raisonnable.
- Plaque : format réglementaire, bien fixée, lisible.
- Doc & administratif :
- Carte grise à ton nom et à la bonne adresse.
- Assurance à jour, avec les bons usages (trajet travail, usage pro si nécessaire).
- Vignette Crit’Air collée si tu roules en ville.
- Équipement :
- Casque pas trop vieux (au-delà de 5–7 ans, je recommande de le changer).
- Gants homologués en bon état.
- Un minimum de protections : dorsale, blouson renforcé.
- Gilet jaune rangé sur la moto.
- Usage quotidien :
- Tu sais si ta ville prépare ZFE, stationnement payant, zones limitées ?
- Tu as repéré un chemin alternatif si ton entrée de ville devient interdite à ton véhicule ?
Faut-il changer de moto, de ville… ou juste de réflexes ?
Avec toutes ces nouvelles règles, la tentation est grande de râler et de dire “on ne peut plus rien faire”. Sauf que, dans la vraie vie, on peut encore rouler, se déplacer vite, se garer plus facilement qu’en voiture, et se faire plaisir. Mais ça demande :
- Un peu plus de rigueur mécanique (contrôle technique ou pas, c’est ta peau dessus).
- Des choix de moto plus réfléchis (Crit’Air, usage quotidien, confort, entretien).
- Une conduite moins “cow-boy”, surtout en ville, parce que la technologie et les textes te rattraperont tôt ou tard.
Mon avis après des années en atelier et sur la route : le deux-roues reste une des meilleures solutions de mobilité, surtout en zone urbaine et périurbaine. Mais l’époque de la moto “sauvage” qui passe sous les radars est en train de se terminer.
Autant s’adapter intelligemment : entretenir correctement sa machine, choisir un équipement sérieux, connaître les règles du jeu, et profiter de la route sans laisser son permis (et son budget) sur le bord.