L’assurance au tiers : quels avantages et inconvénients pour les conducteurs de motos et scooters

L'assurance au tiers : quels avantages et inconvénients pour les conducteurs de motos et scooters

Assurance au tiers, tous risques, intermédiaire… Quand on roule en moto ou en scooter, on finit vite avec la tête comme un piston à essayer de démêler tout ça. Et comme les primes ne cessent de grimper, beaucoup se tournent vers l’assurance au tiers pour faire baisser la facture.

Sauf qu’un contrat d’assurance, ce n’est pas juste « le moins cher = le mieux ». J’ai vu des motards économiser 120 € par an… pour en perdre 4 000 € derrière après une glissade « toute bête ». L’objectif, ce n’est pas d’avoir la prime la plus basse, c’est d’avoir la bonne couverture pour votre utilisation réelle.

On va donc regarder ensemble ce que vaut vraiment l’assurance au tiers pour les conducteurs de motos et scooters : avantages, limites, pièges à éviter, et dans quels cas c’est une bonne idée… ou pas.

C’est quoi, exactement, une assurance moto/scooter au tiers ?

L’assurance au tiers, c’est le minimum légal obligatoire : la responsabilité civile. En gros, elle sert à indemniser les autres quand c’est vous qui êtes en tort.

Ce que couvre l’assurance au tiers de base :

  • Les dégâts matériels causés aux autres (voiture, barrière, vitrine, autre moto, etc.).
  • Les dommages corporels causés aux autres (piéton renversé, passager blessé…).

Ce que ça ne couvre pas en général :

  • Les dégâts sur votre propre moto ou scooter si vous êtes responsable.
  • Le vol de votre deux-roues (sauf options ajoutées).
  • L’incendie, le vandalisme, les catastrophes naturelles, etc. (sauf options).

Ensuite, chaque assureur ajoute plus ou moins de garanties autour de ce noyau : protection juridique, assistance, garantie du conducteur, équipements, etc. Mais la base, au tiers, ça reste : vous payez pour les autres, pas pour vous.

Les vrais avantages de l’assurance au tiers pour moto et scooter

Pourquoi l’assurance au tiers attire autant en deux-roues ? Parce qu’elle coche plusieurs cases intéressantes, surtout si on roule sur un véhicule qui ne vaut pas un bras.

1. Le prix, évidemment

Sur une moto ou un scooter, la différence de prix entre un contrat au tiers et un tous risques peut être très nette. Pour vous donner un ordre de grandeur (observé sur des devis réels) :

  • Scooter 125 cm³ urbain, profil standard :
    • Tiers simple : environ 180–250 €/an.
    • Tous risques : souvent 350–500 €/an.
  • Moto récente type roadster 700–900 cm³ :
    • Tiers simple : 250–400 €/an.
    • Tous risques : 600–1 000 €/an voire plus.

On parle régulièrement de 200 à 500 € d’écart par an. Sur 3 ou 4 ans, ça commence à faire de bons pneus, un bon casque ou quelques vidanges chez un pro.

2. Idéal pour les véhicules à faible valeur

Rouler tous risques avec un scooter qui vaut 800 € à la revente, ça n’a pas toujours beaucoup de sens. Si votre monture vaut moins de 1 500 € et qu’elle a déjà bien vécu, payer cher pour la couvrir intégralement n’est pas forcément rationnel.

Dans ce cas, le tiers permet :

  • De rester dans la légalité (RC obligatoire).
  • De limiter le coût annuel sur un véhicule qu’on peut remplacer à moindre frais.

Perso, je roule au tiers sur mon vieux scoot de ville qui dort dehors, qui a déjà pris quelques rayures, et qui ne vaut plus grand-chose. Si je le couche à faible vitesse, ça me fera mal au cœur, mais pas au portefeuille comme pour un modèle neuf.

3. Une formule plus simple à lire et à comparer

Les contrats tous risques, c’est souvent une usine à gaz : franchise, vétusté, plafond, options à gogo. Le tiers est plus simple, ce qui permet de comparer plus facilement :

  • Montant de la responsabilité civile (souvent très élevé, ce n’est pas là le problème).
  • Présence ou non de garantie conducteur.
  • Protection juridique incluse ou pas.
  • Assistance (dépannage, remorquage, etc.).

On compare en quelques points, au lieu de lire 20 pages de conditions générales pour savoir si on sera couvert en cas de grêle un mardi entre 7h et 9h.

4. Intéressant pour certains profils de roulage

L’assurance au tiers peut se défendre pour :

  • Une moto d’ancienne ou de collection qu’on sort rarement, souvent bien protégée dans un garage fermé.
  • Un « deuxième deux-roues » purement loisir, dont on accepte le risque.
  • Un scooter 50/125 utilisé en ville, d’occasion, pas tout jeune, qu’on ne compte pas garder 10 ans.

À condition d’avoir bien conscience de ce qui n’est pas couvert, on peut s’en sortir avec une facture annuelle raisonnable.

Les inconvénients (parfois très chers) du tiers

C’est là que beaucoup se plantent : économiser 200 € par an, c’est bien. Se retrouver à 0 après une chute sur une moto à 8 000 €, ça pique un peu plus.

1. Aucun remboursement de votre moto/scooter en cas d’accident responsable

Vous ratez un freinage, vous glissez sur une route grasse, vous vous loupez dans un rond-point à cause des gravillons. Résultat : carénages explosés, guidon tordu, fourche à vérifier. Montant des dégâts : 3 000 à 4 000 € facile sur un scooter ou une moto récente.

En assurance au tiers classique :

  • Vous payez l’intégralité des réparations.
  • Ou vous roulez avec un deux-roues cabossé.
  • Ou vous vendez pour pièces et vous recommencez à zéro.

J’ai vu un jeune permis passer du tous risques au tiers sur sa moto quasi neuve pour « économiser 300 € ». Trois mois après : glissade sur chaussée mouillée, pas de blessés, mais 4 500 € de dégâts. Moto réparable, mais il n’avait pas les moyens. Perte sèche.

2. Vol, vandalisme, incendie : souvent zéro prise en charge

Si votre moto ou scooter :

  • est volé devant chez vous,
  • subit un incendie dans un parking,
  • se fait dégrader par un imbécile (carénages rayés, câbles arrachés…),

En tiers simple, c’est pour votre pomme. Certains contrats proposent un « tiers + vol/incendie », ce qui est un bon compromis, mais il faut le vérifier noir sur blanc, pas se contenter du discours du commercial.

À partir du moment où :

  • votre deux-roues dort dans la rue,
  • vous êtes en grande agglomération avec un taux de vol élevé,
  • votre machine vaut encore une belle somme,

partir sur un tiers sans vol devient vite un pari risqué.

3. La garantie du conducteur parfois inexistante ou ridicule

Beaucoup de contrats au tiers de base couvrent très bien… les autres. Pour vous, conducteur, c’est autre chose. Sans option spécifique « garantie du conducteur », les indemnisations en cas de blessure peuvent être :

  • Très limitées.
  • Souvent plafonnées à quelques dizaines de milliers d’euros (ce qui part vite avec une hospitalisation lourde).
  • Parfois inexistantes.

En deux-roues, ce n’est pas un détail. Un bras en vrac, quelques opérations, une longue rééduc’… financièrement, ça peut vous suivre longtemps. Là-dessus, je recommande rarement de faire des économies agressives.

4. Des options parfois plus chères à l’unité

Certains assureurs gonflent un peu les prix des options sur les contrats au tiers :

  • Assistance 0 km.
  • Équipement du motard (casque, blouson, gants…).
  • Accessoires (top-case, valises, GPS, etc.).

On se retrouve parfois avec un tiers « packé » qui approche dangereusement le prix d’un tous risques light… mais avec beaucoup moins de choses couvertes pour la moto elle-même.

Dans quels cas le tiers est une bonne idée ?

Au lieu de parler en théorie, prenons des cas concrets que je vois régulièrement.

Cas 1 : Scooter 50 ou 125 ancien, urbain, qui dort dehors

Valeur du scoot : 600–1 200 €. Utilisation : petits trajets, boulot, courses. Déjà rayé de partout.

  • Assurance conseillée : tiers avec au minimum :
    • Responsabilité civile solide (c’est la base).
    • Garantie conducteur correcte.
    • Assistance dépannage raisonnable.

Le vol ? À ce niveau de valeur, c’est un pari : si la prime vol + franchise + vétusté mangent la moitié du prix du scoot sur 2 ans, ce n’est pas toujours pertinent.

Cas 2 : Moto A2 récente (roadster 300–700 cm³), valeur 4 000–8 000 €

Pour un jeune permis moto, les risques d’erreur sont plus élevés. Un freinage raté, une trajectoire approximative, c’est classique.

  • Assurance au tiers ? Je la déconseille fortement, sauf si vous acceptez d’assumer une perte financière lourde.
  • Minimum recommandé : intermédiaire (tiers + vol/incendie + dommages limités) ou carrément tous risques la première ou les deux premières années.

Cas 3 : Vieille moto loisir du week-end, garée en garage, faible valeur

Un vieux trail, un roadster des années 90, un truc attachant mais pas côté.

  • Assurance au tiers : souvent un choix cohérent, surtout si :
  • Vous avez un bon antivol et un garage fermé.
  • Vous acceptez l’idée de réparer vous-même ou de rouler un peu cabossé en cas de chute.

Cas 4 : Maxiscooter neuf ou quasi neuf pour trajet domicile-travail

Utilisation quotidienne, trajet souvent en circulation dense, machine qui vaut cher, beaucoup de plastique, parfois des accessoires onéreux (top-case, bulle, poignées chauffantes…).

Honnêtement, sur ce type de profil, le tiers simple est un mauvais calcul. Une simple glissade à 30 km/h sur le mouillé peut coûter un mois de salaire en plastiques et pièces.

Les points à vérifier absolument sur un contrat au tiers

Si vous partez sur une formule au tiers, autant le faire proprement. Voici la check-list minimale à passer en revue :

  • Responsabilité civile :
    • Les plafonds sont généralement énormes (des millions d’euros), donc ce n’est pas là que ça coince.
  • Garantie du conducteur :
    • Présente ou pas ?
    • Montant maximum d’indemnisation en cas d’invalidité grave.
    • Prise en charge des frais médicaux ? Perte de revenus ?
  • Assistance :
    • Remorquage à partir de combien de km de chez vous ?
    • Prise en charge en cas de panne, crevaison, erreur de carburant ?
    • Assistance 0 km ou seulement loin du domicile ?
  • Protection juridique :
    • Incluse ou optionnelle ?
    • Plafond de prise en charge en cas de litige (expertise, avocat, recours…).
  • Équipements et accessoires :
    • Casque, blouson, gants, top-case… sont-ils couverts ? Dans quels cas ?
    • Y a-t-il un plafond par élément ou un plafond global ridicule ?

Vous pouvez accepter d’être léger sur certains points (équipements, accessoires) si le budget est serré, mais je déconseille de rogner sur la garantie conducteur et un minimum d’assistance.

Comment décider objectivement : tiers ou pas tiers ?

Au lieu de choisir au feeling, posez-vous ces questions très basiques :

  • Si ma moto/scooter est détruit demain et que l’assureur ne me rembourse rien, est-ce que je peux en racheter un ?
  • Est-ce que je roule beaucoup ? (plus on roule, plus le risque statistique augmente).
  • Est-ce que je roule surtout en ville dense ? (risque de vol, de choc, de chute à basse vitesse mais fréquente).
  • Est-ce que j’ai encore un crédit en cours sur cette moto ? (si oui, tiers = très gros pari).
  • Est-ce que j’ai un garage sécurisé ?
  • Est-ce que je suis prêt à accepter une perte de 2 000, 3 000, 5 000 € si ça tourne mal ?

Si vous répondez « non » à la dernière question, le tiers simple n’est probablement pas l’option la plus raisonnable pour vous, surtout si votre deux-roues est récent.

Réduire sa prime sans se tirer une balle dans le pied

On peut vouloir payer moins sans forcément tout basculer au tiers. Quelques pistes concrètes :

  • Comparer vraiment plusieurs assureurs :
    • Les écarts sur un même profil peuvent aller jusqu’à 30–40 %.
    • Ne regardez pas que le prix : comparez les garanties ligne par ligne.
  • Adapter les options à votre usage :
    • Si vous ne faites jamais de duo : pas besoin de surcouche spéciale pour le passager si elle est optionnelle et chère.
    • Équipements assurés : utile si vous avez du matos haut de gamme. Sinon, option parfois dispensable.
  • Travailler sur la sécurité (et le dire à l’assureur) :
    • Garage fermé, box, cadenas de qualité, alarme : ça peut jouer.
    • Certains apprécient les formations type stages de conduite avancée.
  • Franchises plus élevées :
    • Accepter une franchise un peu plus haute en tous risques/intermédiaire peut faire baisser la prime.
    • À condition d’avoir de côté de quoi absorber la franchise en cas de sinistre.

Économiser 70 € par an en réduisant une option dont vous n’avez pas l’usage, c’est malin. Balancer tous les risques pour économiser 200 € alors que votre moto vaut 9 000 €, c’est plus discutable.

En résumé : quand l’assurance au tiers tient la route… et quand elle dérape

Pour les motos et scooters, l’assurance au tiers peut être un excellent outil dans certains cas :

  • Deux-roues ancien ou peu coté.
  • Utilisation occasionnelle, principalement loisir.
  • Garage sécurisé, bon antivol.
  • Conducteur prêt à assumer financièrement une perte en cas de gros pépin.

Mais pour :

  • Un scooter ou une moto récent(e).
  • Une utilisation quotidienne (boulot, déplacements réguliers).
  • Un véhicule encore financé par crédit.
  • Un stationnement dehors, en ville, dans une zone à risque de vol.

basculer sur un tiers simple, c’est un peu comme rouler en t-shirt en plein hiver : ça peut marcher quelques jours… jusqu’au moment où ça fait très mal.

Mon approche, après des années entre atelier, essais et discussions avec des assureurs, c’est simple :

  • Protéger sérieusement le conducteur (vous, vos os, votre cerveau).
  • Protéger correctement la machine tant qu’elle vaut encore cher.
  • Basculer vers le tiers quand la valeur du deux-roues baisse et que le risque devient acceptable pour votre budget.

Le bon contrat, ce n’est pas celui que le commercial pousse, ni celui qui est 50 € moins cher que le voisin : c’est celui qui vous permet de dormir tranquille en sachant précisément ce qui se passe si, demain, vous finissez au sol ou si vous retrouvez votre emplacement… vide.