Roadtrip moto en Corse : que visiter et comment bien préparer son itinéraire

Roadtrip moto en Corse : que visiter et comment bien préparer son itinéraire

Pourquoi la Corse est un terrain de jeu idéal pour un roadtrip moto

La Corse, c’est simple : si tu aimes les virages, les paysages qui changent tous les 10 km et les petites routes où une erreur de trajectoire ne pardonne pas, tu vas être servi. C’est probablement une des meilleures destinations d’Europe pour un roadtrip moto… à condition de bien préparer ton coup.

Entre les falaises de Bonifacio, les gorges de la Restonica, les Calanques de Piana et le Cap Corse, tu peux faire 1000 km de pur plaisir. Mais si tu arrives en mode touriste désorganisé, tu peux aussi te retrouver à faire des demi-tours toute la journée, rouler au mauvais moment, rater la moitié des spots, ou flinguer ton pneu arrière en quatre jours.

On va donc voir quoi visiter, mais surtout comment construire un itinéraire logique, agréable à rouler, sans te ruiner ni te mettre en danger.

Quand partir en Corse à moto ? La période qui change tout

On va commencer par le plus important : la période. La même route en mai et en août, ce n’est pas la même expérience.

En gros :

  • Avril – mi-juin : idéal. Moins de touristes, routes plus libres, températures parfaites (15–25°C). Par contre, les cols peuvent encore être frais le matin et il peut y avoir un peu de pluie.
  • Mi-juin – fin août : faisable, mais chargé. Beaucoup de voitures de location, de camping-cars et de conducteurs distraits. Chaleur parfois lourde, surtout dans l’intérieur. Prévoir l’hydratation et la patience.
  • Septembre – mi-octobre : à mon goût, le meilleur compromis. Mer encore chaude, météo souvent stable, moins de monde. Journées un peu plus courtes, mais tu roules mieux.
  • Hiver : clairement pas l’idéal pour un roadtrip. Pluie, vent, neige possible sur les hauteurs, fermetures saisonnières. Réservé à ceux qui savent ce qu’ils font.

Si tu peux poser des congés, vise mai–juin ou septembre. Tu profiteras de la route, pas des bouchons.

Préparer sa moto pour la Corse : les points à vérifier

La Corse ne pardonne pas les machines mal entretenues. Beaucoup de virages, de freinages appuyés, des revêtements parfois fatigués, de la chaleur… si ta moto est déjà limite en rentrant de boulot, elle ne va pas aimer l’île.

Check-list rapide avant de partir :

  • Pneus : au moins 50–60 % de gomme restante avant le départ. Les routes abrasives, les températures et les enchaînements de virages font fondre l’arrière. Si tu hésites, change avant de partir, tu seras tranquille.
  • Freins :
    • Épaisseur des plaquettes OK
    • Pas de disque voilé ou creusé
    • Liquide de frein pas trop vieux (si plus de 2 ans, vidange conseillée)
  • Suspensions : vérifie les fuites aux joints spi, surtout si tu as une fourche inversée. Une fourche fatiguée + route défoncée + freinage d’urgence = combo à éviter.
  • Transmission :
    • Kit chaîne correctement tendu, pas de point dur
    • Graissage fait avant le départ
  • Refroidissement : liquide de refroidissement OK, moto qui ne chauffe pas déjà en ville. En Corse, entre les montées lentes derrière un camping-car et la chaleur, tu peux vite atteindre la zone rouge.
  • Éclairage : tu vas peut-être rentrer de nuit d’un resto ou d’une petite balade. Phare réglé, ampoules ok, feux stop fonctionnels.

Astuce terrain : si tu roules chargé (bagagerie + passager), n’hésite pas à durcir un peu l’arrière (précharge) et éventuellement la détente si ta moto le permet. Tu gagneras en stabilité en virage et en freinage.

Que visiter en Corse à moto : les incontournables

On va faire simple : tu ne verras pas tout en une semaine. Mieux vaut faire moins, mais bien. Voici les grandes zones qui valent le détour, avec ce qu’elles offrent côté moto.

Le Cap Corse : le tour par la mer

Situé au nord de l’île, c’est une boucle qui se fait très bien en une journée depuis Bastia.

À voir / à faire :

  • La côte est du Cap, plus douce, avec vue sur la mer et les petits villages
  • La côte ouest, plus sauvage, avec des virages plus serrés et quelques sections étroites
  • Les villages comme Erbalunga, Centuri, Nonza

Intérêt moto : beaucoup de virages de rayon variable, des vues qui donnent envie de s’arrêter tous les 3 km, mais aussi du trafic selon la saison. Route parfois étroite, méfiance dans les épingles aveugles.

Calvi, Porto et les Calanques de Piana : le combo carte postale + virages

La partie nord-ouest entre Calvi, Galeria, Porto et les Calanques de Piana, c’est une sorte de parc d’attractions pour motards.

Points forts :

  • Route côtière Calvi – Porto : panorama superbe, mais route parfois dégradée
  • Calanques de Piana : route très étroite, creusée dans la roche, avec beaucoup de voitures qui coupent les virages pour faire des photos. À faire tôt le matin si possible.
  • Possibilité de boucler avec l’intérieur par Evisa, les gorges de la Spelunca, puis redescendre.

Intérêt moto : du virage, du dénivelé, des enchaînements techniques. Il faut rester concentré, surtout en haute saison. C’est magnifique, mais pas le coin pour « attaquer » comme un bourrin.

Corte et l’intérieur : gorges, cols et ambiance montagne

Le centre de la Corse est souvent délaissé par ceux qui veulent « voir la mer », pourtant pour la moto, c’est du très lourd.

À ne pas rater :

  • Corte, sa citadelle, point de départ pratique
  • Gorges de la Restonica : petite route étroite, mais vraiment jolie (attention aux voitures mal garées)
  • Cols et routes intérieures vers Venaco, Vivario, le col de Vizzavona

Intérêt moto : enchaînements de virages plus fluides que certaines côtes, revêtement souvent correct, trafic plus léger hors saison. Idéal pour une journée « pilotage propre » sans vue mer à chaque virage.

Bonifacio, Sartène et le sud de l’île

Le sud est plus touristique, mais quelques secteurs restent très plaisants à rouler.

À voir :

  • Bonifacio : la ville perchée sur les falaises, incontournable. Prévoir de se garer et continuer à pied.
  • Sartène : « la plus corse des villes corses » comme on dit là-bas. Ambiance plus authentique.
  • Les routes entre Sartène, Roccapina et Bonifacio, avec quelques beaux points de vue.

Intérêt moto : routes globalement correctes, mais du trafic en été. Sympa pour alterner visites, petites balades, et baignades.

La côte est : moins spectaculaire, mais utile

La côte est (Bastia – Aleria – Solenzara – Porto-Vecchio) est souvent considérée comme la moins fun pour la moto. C’est en partie vrai, surtout en comparaison du reste de l’île.

Mais :

  • C’est pratique pour avaler des kilomètres rapidement
  • Tu peux l’utiliser comme liaison entre deux zones plus chouettes
  • Entre Solenzara et l’intérieur (Bavella), tu as de très belles routes

Exemple d’itinéraire moto sur 7 jours en Corse

Voici un exemple que j’ai déjà conseillé à plusieurs potes, et qui fonctionne bien pour un premier roadtrip, sans courir tout le temps.

Jour 1 : arrivée à Bastia, boucle courte vers le Cap Corse (partie nord)

  • Arrivée en ferry le matin
  • Petit tour jusqu’à Erbalunga, puis tu pousses jusqu’à Macinaggio
  • Retour sur Bastia ou nuit dans le Cap Corse

Jour 2 : Bastia – Saint-Florent – Calvi

  • Route du désert des Agriates (panorama superbe)
  • Pause à Saint-Florent
  • Arrivée et nuit à Calvi

Jour 3 : Calvi – Porto – Piana

  • Route côtière, arrêt photo quasi obligatoire tous les 15 km
  • Visite des Calanques de Piana
  • Nuit à Porto ou Piana

Jour 4 : Porto – Corte par l’intérieur

  • Montée vers Evisa, gorges de la Spelunca
  • Passage par les cols vers Corte
  • Nuit à Corte

Jour 5 : boucle autour de Corte (Restonica + cols)

  • Aller-retour dans les gorges de la Restonica (à faire tôt)
  • Petite boucle par les alentours, en fonction de la forme et de la météo

Jour 6 : Corte – Sartène – Bonifacio

  • Descente plein sud en passant par l’intérieur
  • Arrêt à Sartène
  • Arrivée à Bonifacio, balade à pied en fin de journée

Jour 7 : Remontée vers Bastia par la côte est (rapide)

  • Liaison plus roulante, moins spectaculaire, mais pratique
  • Retour au ferry

Évidemment, tu peux adapter : raccourcir, rester deux nuits au même endroit, ou te concentrer sur le nord ou le sud seulement.

Combien de kilomètres par jour prévoir en Corse ?

Erreur classique : caler des journées à 300–400 km en se basant sur ce qu’on fait sur le continent. En Corse, 200 km peuvent déjà être bien remplis.

En pratique :

  • 150 à 220 km par jour : zone confortable, avec des pauses, des photos, un resto.
  • 250 à 300 km : faisable, mais tu passeras plus de temps sur la selle qu’en visite.
  • Au-delà : possible, mais tu risques de finir rincé, surtout si tu enchaînes plusieurs jours.

Entre les virages, les traversées de villages à 30–50 km/h, les pauses panoramas et les liaisons derrière les camping-cars, tu n’auras pas des moyennes très élevées. Et ce n’est pas le but.

Gérer la sécurité sur les routes corses

On va être clair : la Corse est splendide, mais tu n’es pas sur un circuit. Quelques pièges classiques :

  • Gravillons dans les virages : fréquents, surtout après orage ou sur les routes secondaires.
  • Bêtes en liberté : vaches, cochons, chèvres, parfois posés en plein milieu de la route, souvent dans un endroit où tu ne vois rien.
  • Locaux (et touristes) pressés : dépassements hasardeux, coupes de virage, voitures arrêtées n’importe où pour prendre une photo.
  • Chaleur + fatigue : enchaîner les épingles par 30°C en combinaison, ça pompe l’énergie. Pause hydratation obligatoire.

Bon réflexes :

  • Garder une marge de sécurité en entrée de virage, surtout sans visibilité
  • Éviter de coller les voitures, tu ne verras pas les trous ni les gravillons
  • Boire régulièrement (eau, pas bière à midi…) et s’arrêter dès que la concentration baisse
  • Adapter l’attaque : on n’est pas obligé d’être à 10/10 en permanence

Équipement conseillé pour un roadtrip moto en Corse

La tentation, c’est de se dire « il fait chaud, je pars léger ». Mauvaise idée. Une glissade sur route chaude, ça ne pardonne pas plus qu’ailleurs.

Équipement pilote :

  • Blouson moto ventilé avec protections (et éventuellement doublure amovible pour le matin)
  • Pantalon renforcé (textile, cuir ou jean moto homologué, pas un simple jean classique)
  • Gants été homologués + éventuellement une paire mi-saison
  • Bottes ou chaussures montantes de moto, pas de baskets
  • Bouchons d’oreilles si tu roules longtemps : le vent fatigue plus qu’on ne croit

Équipement pratique :

  • Sur-gants et sur-pantalon de pluie compacts (les orages en montagne arrivent vite)
  • Sac étanche ou housses pour la bagagerie
  • Antivol sérieux (U ou chaîne), surtout en ville ou sur les ports
  • Kit de réparation tubeless + mini-compresseur si tu es en pneus tubeless
  • Trousse de secours de base

Préparer la logistique : ferry, hébergements, carburant

Ferry :

  • Réserve tôt en haute saison, surtout si tu as une grosse moto avec bagagerie
  • Prends une sangle perso : les compagnies fournissent parfois des sangles usées
  • Laisse la moto en première, sur la béquille latérale, bien sanglée, direction légèrement tournée vers l’avant de la sangle

Hébergements :

  • Soit tu réserves tout à l’avance (plus sûr, moins flexible)
  • Soit tu réserves au fur et à mesure, mais en évitant juillet–août pour cette méthode
  • Les campings sont nombreux, mais attention au poids de la tente et du matériel sur la moto

Carburant :

  • Les stations sont moins fréquentes que sur le continent, surtout dans l’intérieur
  • Évite de descendre sous le quart de réservoir en zones isolées
  • Beaucoup de stations sont automatiques, prévoir une carte bancaire qui fonctionne

Construire son propre itinéraire : méthode simple

Si tu ne veux pas suivre un exemple tout fait, voilà une façon rationnelle de bâtir ton trip.

Étape 1 : choisir ta porte d’entrée

  • Ferry depuis Marseille, Toulon ou Nice vers Bastia, Ajaccio, Porto-Vecchio ou Ile-Rousse
  • En fonction du port d’arrivée, tu privilégies nord, centre ou sud pour démarrer

Étape 2 : définir les zones « prioritaires »

  • Tu coches sur une carte : Cap Corse, Piana, Corte, Bonifacio, etc.
  • Tu acceptes l’idée que tu ne feras pas tout en un voyage

Étape 3 : relier les zones avec des étapes de 150–220 km

  • Tu regardes le relief : plus c’est sinueux, plus tu réduis la distance journalière
  • Tu prévois 1 ou 2 jours avec peu de kilomètres pour souffler et visiter à pied

Étape 4 : prévoir un plan B

  • Que faire si la météo est mauvaise sur une zone (pluie en montagne par exemple) ?
  • Prévoir une alternative plus côtière ou plus roulante au cas où

Derniers conseils de terrain avant de te lancer

Pour finir, quelques points que je répète toujours aux copains qui partent là-bas :

  • Ne sous-estime pas la fatigue : la route est belle, mais exigeante pour le pilote
  • Prends le temps de t’arrêter, de marcher un peu, de lever le nez du guidon
  • Respecte les limitations dans les villages : radars, mais surtout piétons et gamins partout
  • Garde une petite marge dans ton planning : un coin qui te plaît, tu y restes une nuit de plus
  • N’oublie pas que tu es là pour te faire plaisir, pas pour « collectionner » des routes

Avec une moto en bon état, un équipement sérieux et un itinéraire réaliste, la Corse à moto, c’est un des meilleurs souvenirs que tu peux te fabriquer sur deux-roues. Prépare bien ton trip, et profite de chaque virage.