Pourquoi faire un contrôle avant chaque trajet (et pas seulement avant les vacances)
Une moto, ce n’est pas une voiture : tu n’as que deux roues, pas de carrosserie, et le moindre pépin mécanique peut vite devenir dangereux. On le voit tous les jours en atelier : 80 % des problèmes qui “surprennent” les motards auraient pu être repérés avant de partir, en 3 à 5 minutes devant le garage.
Et entre nous, qu’est-ce qui prend le plus de temps : vérifier tes pneus et ton niveau d’huile, ou attendre la dépanneuse sur le bas-côté sous la pluie ?
On va voir ensemble ce qu’il faut vérifier avant chaque trajet (ou au minimum une fois par semaine si tu roules tous les jours), avec une méthode simple, logique, et surtout réaliste. Pas besoin d’outillage de pro, seulement tes yeux, tes mains, et un peu de bon sens.
Check rapide avant de partir : la routine en 5 minutes
Avant de partir, moto à l’arrêt, moteur coupé, sur béquille latérale ou centrale, voici la base :
Un tour de la moto pour repérer ce qui cloche visuellement
Un contrôle des pneus
Un coup d’œil sur les freins
Test éclairage et clignotants
Commande de gaz, frein, embrayage
Un œil sous la moto (fuites)
On détaille point par point.
Pneus : la seule chose qui te relie à la route
En atelier, quand je vois un pneu rincé, la phrase que j’entends souvent c’est : “Je pensais que ça pouvait encore faire quelques kilomètres…”. Oui, ça peut. Jusqu’au jour où ça ne peut plus. Sur le mouillé, un pneu usé transforme une moto saine en savonette.
À vérifier avant de partir :
État visuel de la bande de roulement : si le témoin d’usure est au même niveau que la gomme, le pneu est en fin de vie. Si tu vois des craquelures ou des déformations : à remplacer.
Objets coincés : clous, vis, éclats métalliques. Si c’est planté, ne retire pas à l’arrache : tu risques de transformer une crevaison lente en fuite instantanée. Prends rendez-vous pour réparation.
Flancs : pas de hernies, pas de gros frottements jusqu’à la toile. Un choc sur un trottoir peut abîmer le pneu sans que tu t’en rendes compte sur le moment.
La pression, elle, se contrôle au manomètre au moins une fois par semaine (et toujours à froid) :
Moto routière / roadster : souvent autour de 2,2 bar à l’avant, 2,5 à 2,9 à l’arrière
Scooter 125 : souvent proche de 2,0–2,1 à l’avant, 2,2–2,5 à l’arrière
Ce ne sont que des ordres de grandeur : tu dois te fier aux valeurs recommandées par le constructeur (plaque sur le bras oscillant, sous la selle, ou manuel). Un pneu sous-gonflé chauffe, s’use vite (et mal) et rend la moto floue en virage. Sur-gonflé, tu perds de l’adhérence et du confort.
Coût / effet :
Un bon pneu : 120 à 180 € monté à l’arrière, souvent moins à l’avant
Une glissade pour cause de pneu rincé : franchise + équipements à remplacer + éventuellement blessures…
À toi de voir ce qui vaut le coup.
Freins : ça doit mordre, pas flotter
Un freinage qui allonge, c’est souvent annoncé longtemps à l’avance. On le sent dans le levier ou la pédale, dans le bruit, dans la course. Mais si tu ne surveilles jamais, tu t’y habitues, jusqu’au jour où tu en as vraiment besoin.
Chaque jour (ou presque) :
Regarde l’épaisseur des plaquettes : en te penchant un peu, tu vois le matériau de friction (la partie qui serre le disque). Si tu n’as plus que 1 à 2 mm, c’est qu’il est temps de les changer. En dessous, tu attaques le support métallique, tu flingues ton disque.
Vérifie l’état des disques : ils doivent être relativement lisses. Des rainures profondes ou une coloration bleutée après surchauffe, ça mérite un contrôle sérieux.
Teste le levier de frein avant : il ne doit pas venir toucher la poignée. Il doit se raffermir franchement à mi-course. S’il devient mou ou spongieux, il y a peut-être de l’air dans le circuit ou un problème de maître-cylindre.
Teste la pédale de frein arrière : même logique, la course doit être normale et la sensation ferme.
Points à surveiller niveau coûts :
Jeu de plaquettes : 30 à 80 € selon la moto
Jeu de disques : plusieurs centaines d’euros
Rouler jusqu’à la ferraille n’est JAMAIS une bonne économie.
Éclairage et clignotants : voir et être vu
C’est le contrôle le plus basique… et pourtant, on croise tous les jours des motos avec un phare grillé ou un clignotant qui ne clignote plus.
Avant de démarrer, ou juste après :
Phare avant : code et route. Tu peux te mettre face à un mur, ça te permet de voir rapidement si tout s’allume correctement.
Feu stop : actionne le levier de frein avant puis la pédale arrière en regardant le reflet derrière toi (vitre, mur, voiture garée). Le feu doit s’allumer dans les deux cas.
Clignotants : gauche, droite, avant et arrière. Vérifie aussi le rythme : si ça clignote très vite, souvent une ampoule est grillée ou une LED HS sur un modèle adaptable.
Feu de plaque et feu arrière : tu dois être visible de nuit, même sans freiner.
Une ampoule, ça coûte quelques euros et ça peut te sauver d’un refus de priorité.
Chaîne et transmission : la ligne de vie entre moteur et roue
Si tu es en transmission par chaîne, un minimum d’attention t’évitera des à-coups, du bruit, et parfois… un blocage de roue arrière en cas de casse sévère. Je l’ai vu une fois, sur une sportive avec une chaîne jamais graissée : ça remet les idées en place.
Avant de partir (surtout si tu roules sous la pluie ou tous les jours) :
Regarde la tension de chaîne : la flèche (le débattement quand tu pousses puis tires la chaîne) doit être dans la plage recommandée par le constructeur, souvent autour de 25–35 mm pour les motos route. Trop tendue : tu fatigues les roulements et la boîte. Trop lâche : à-coups et risque de déraillement.
Aspect général : pas de maillons grippés, pas de rouille excessive. Tu fais tourner la roue et tu regardes si la chaîne reste régulière ou si elle se tend/détend par endroits (signe d’usure irrégulière).
Graissage : si ta chaîne est sèche, brillante métallique, ou qu’elle “chante” en roulant, c’est qu’il est temps de la graisser. Une bombe de graisse à chaîne, et 5 minutes de ton temps, prolongent la durée de vie du kit de plusieurs milliers de kilomètres.
Coûts indicatifs :
Kit chaîne (pignon + couronne + chaîne) : 150 à 300 € posé selon la moto
Bombe de graisse : 10 à 20 € et plusieurs applications
Sur cardan ou courroie, c’est moins d’entretien, mais jette quand même un œil :
Cardan : pas de fuite d’huile au niveau du pont arrière
Courroie : pas de craquelures ni de dents manquantes
Niveaux : huile, liquide de refroidissement, frein
L’objectif du check avant trajet n’est pas de faire l’entretien complet, mais de repérer une anomalie flagrante : niveau anormalement bas, fuite, coloration bizarre.
Huile moteur
Sur béquille centrale (ou moto droite, tenue par quelqu’un), regarde le hublot ou la jauge.
Le niveau doit se situer entre le repère mini et maxi. En dessous du mini : complément à faire. Au-dessus du maxi : risque pour le moteur, il faudra vidanger ou retirer l’excédent.
Si tu constates que le niveau baisse souvent, c’est que la moto consomme de l’huile ou qu’il y a une fuite. À faire contrôler, ne pas ignorer.
Liquide de refroidissement (pour les motos à refroidissement liquide)
Vérifie le bocal d’expansion : le niveau doit être entre mini et maxi.
Si tu vois des traces blanches/roses/vertes au niveau des durites ou du radiateur, c’est souvent du liquide séché = potentielle fuite à surveiller.
Liquide de frein
Regarde les réservoirs avant et arrière : le niveau doit être au-dessus du mini.
Si le liquide est très foncé, il est sûrement vieux (on le change en général tous les 2 ans). Ça ne t’empêche pas de partir, mais il faudra prévoir une purge prochainement.
Commandes : si ça coince à l’arrêt, ça coince encore plus en roulant
Deux minutes pour tout tester avec le moteur coupé, contact mis :
Poignée de gaz : elle doit revenir franchement toute seule quand tu la lâches. Si ça colle, si ça revient lentement, il faut lubrifier ou régler le câble (et vérifier que rien ne gêne au niveau de la cocotte).
Levier d’embrayage : pas de jeu excessif ni de course anormale. Si tu dois le tirer à fond pour pouvoir passer les vitesses, ce n’est pas normal.
Leviers et pédales : pas tordus, pas desserrés. Une chute à l’arrêt peut plier ou fêler un levier sans que tu t’en rendes compte au début.
Direction : braque le guidon de butée à butée. Pas de point dur, pas de sensation de cran. Si ça claque ou si ça coince, il y a peut-être un souci de roulements de direction.
Si quelque chose te semblent anormal à l’arrêt, ça ne s’arrangera pas par miracle à 90 km/h.
Fuites et pièces qui se desserrent : le tour du propriétaire
Une habitude prise à l’atelier : toujours jeter un coup d’œil sous la moto avant de bouger.
En 10 secondes :
Regarde le sol sous la moto : tâche d’huile, trace de liquide vert/rose (refroidissement), gouttes d’essence… Si le sol est propre d’habitude et que tout à coup ce n’est plus le cas, alerte.
Regarde le bas du moteur : carter, bouchon de vidange, filtre à huile. Pas de suintement excessif ni de coulure fraîche.
Échappement : fixe, pas de collier desserré, pas de bruit anormal de fuite (tac-tac métallique au démarrage).
Une petite clé de 10 dans le sac te permet aussi, de temps en temps, de vérifier :
La fixation de la plaque d’immatriculation
Les rétro qui se desserrent
Les supports de valises ou top-case
Bagages, accessoires et top-case : ce qui ne doit pas s’envoler
C’est du vécu : un top-case mal verrouillé, une sangle mal passée, et tu sèmes tes affaires sur la route. Au mieux tu perds du temps, au pire ça fait un obstacle pour celui qui te suit.
Avant de partir chargé :
Vérifie le verrouillage du top-case : ne te contente pas d’entendre “clic”, essaie de le soulever franchement. S’il bouge, quelque chose ne va pas.
Contrôle les sangles : pas de bout qui traîne près de la roue, de la chaîne ou du disque. Une sangle qui se prend dans la roue arrière, ça peut bloquer la moto.
Charge équilibrée : évite de tout mettre à l’arrière en hauteur, ça allège l’avant et rend la direction floue. Répartis autant que possible entre sacoche de réservoir, valises latérales, top-case.
Si tu as ajouté des accessoires (support de téléphone, caméra, etc.), vérifie régulièrement :
Que les vis sont serrées
Que les câbles ne frottent pas sur la colonne de direction ou le guidon
Équipement du pilote : la dernière barrière
Même si l’article porte sur la moto, je serais malhonnête de ne pas parler de toi, dessus. On a tous déjà fait “juste 5 km sans gants ni blouson”. Jusqu’à ce que la fameuse fois où…
Avant de partir :
Casque : visière propre (tu peux garder une petite microfibre et un peu d’eau dans le garage), écran pas fendu, jugulaire bien réglée. Un casque à 300 € mal fermé est moins efficace qu’un casque à 80 € bien attaché.
Gants : homologués, en bon état, surtout au niveau des coutures de la paume.
Blouson / veste : protections coudes et épaules bien en place, idéalement dorsale en une pièce au lieu de la mousse d’origine.
Chaussures : au minimum des chaussures montantes qui protègent la malléole. Une simple glissade à 30 km/h peut te faire très mal aux pieds.
Tu peux te faire une petite check-list mentale : “Clés – portable – porte-monnaie – gants – casque attaché – blouson fermé”. Ça devient automatique.
Une routine simple à retenir
Pour résumer, tu peux te faire un ordre de passage, toujours le même. Par exemple :
1. Pneus et tour visuel de la moto
2. Freins (plaquettes visibles + levier/pédale)
3. Éclairage et clignotants
4. Chaîne / transmission
5. Niveaux visibles (huile, refroidissement, frein)
6. Commandes (gaz, embrayage, frein, direction)
7. Fuites sous la moto, serrage rapide, bagages
8. Équipement pilote
Au début, ça va te prendre 5 minutes, en mode consciencieux. Avec l’habitude, c’est une affaire de 2 à 3 minutes, comme boucler sa ceinture en voiture. La différence, c’est qu’en moto, ce petit rituel peut clairement éviter le carton.
Entretenir sa moto soi-même, ça commence par ça : la connaître, la regarder, repérer ce qui change. Tu ne feras pas tout toi-même (et ce n’est pas grave), mais tu sauras quand il est temps d’agir avant que ça devienne dangereux ou très cher.
Et la prochaine fois, on pourra aller plus loin sur l’entretien maison : vidange, nettoyage du filtre à air, entretien de la chaîne en détail… histoire que ta moto te remercie en te ramenant toujours entier.