Choisir son premier scooter pour la ville, ça paraît simple de loin : on voit un modèle qui nous plaît, on regarde le prix, on signe. En pratique, c’est le meilleur moyen de se retrouver avec un truc trop lourd, trop cher à entretenir, mal adapté à son trajet… et de le revendre six mois plus tard en perdant des billets.
Je vais faire comme à l’atelier : on pose les besoins, on regarde ce qui existe, on élimine ce qui ne colle pas, et à la fin il reste 2 ou 3 types de scooters qui font vraiment sens pour vous.
Pourquoi un scooter en ville… et pour qui ce n’est PAS une bonne idée
Le scooter urbain, c’est intéressant si :
- Vous faites surtout des trajets inférieurs à 20–25 km (aller).
- Vous roulez beaucoup en intra-muros ou périphérie proche.
- Vous voulez quelque chose de facile, automatique, maniable.
- Vous êtes prêt à investir un minimum dans l’équipement pilote (casque, gants, etc.).
Ça l’est moins si :
- Vous faites déjà 30–40 km d’autoroute matin et soir.
- Vous avez la flemme d’entretenir quoi que ce soit (même vérifier la pression des pneus).
- Vous êtes allergique à la pluie et au froid (un scooter ne résout pas ça, il l’expose).
Si vous êtes encore là après ça, on avance.
Commencer par le début : définir votre usage réel
Avant de regarder les catalogues, prenez dix minutes pour noter noir sur blanc :
- Distance quotidienne : combien de km par jour, et sur quel type de route ?
- Type de trajet : ville pure, rocade, départementale, un peu d’autoroute ?
- Fréquence : tous les jours, seulement en été, occasionnel ?
- Charge : souvent à deux ? bagage (ordi portable, sac de sport, courses) ?
- Stationnement : garage fermé, cour, rue ?
- Budget global : achat + assurance + entretien + équipement pilote.
Exemple concret :
« Je fais 12 km pour aller au boulot, uniquement en ville, tous les jours, je roule toujours seul, je peux le garer dans une cour, et j’ai 2500 € pour le scooter + 500 € pour l’équipement. »
Avec ça, on sait déjà que :
- Le scooter sera plutôt urbain compact.
- Un 50 cm³ ou un 125 cm³ léger peuvent convenir.
- On va viser un modèle économique en entretien et bien assuré.
Quelle cylindrée choisir : 50, 125 ou électrique ?
C’est la première vraie question technique.
Le 50 cm³ thermique
- Accessible dès 14 ans (avec permis AM), sans permis auto.
- Vitesse réelle : 45–50 km/h (bridé légalement).
- Parfait pour : hyper-centre, petites distances, budget serré.
- Limite : dès qu’il y a de grandes avenues limitées à 70, vous êtes vite un obstacle.
À choisir si vos trajets sont courts, en ville dense, sans gros axes rapides. Pour un adulte, je trouve que ça a du sens uniquement si vous ne comptez jamais sortir du centre-ville.
Le 125 cm³ thermique
- Accessible avec permis A1 ou permis B + formation 7h.
- Vitesse réelle : 90–110 km/h selon les modèles.
- Parfait pour : ville + rocade, petits trajets périurbains.
- Plus polyvalent, plus sécurisant pour se fondre dans le trafic.
C’est souvent le meilleur compromis pour un adulte en milieu urbain et périurbain. C’est ce que je conseille 8 fois sur 10 si la personne a au moins une rocade ou une portion rapide à prendre.
Le scooter électrique
- Silencieux, économique à l’usage (1 € d’électricité ≈ 100 km en moyenne).
- Deux grandes familles : équivalent 50 et équivalent 125.
- Autonomie de 50 à 120 km selon modèle et batterie.
- Recharge à la maison (prise standard) ou borne.
Intéressant si :
- Vous avez un point de charge fiable chez vous ou au boulot.
- Vous faites des trajets réguliers mais pas trop longs.
- Vous acceptez de payer plus cher à l’achat pour payer moins à l’usage.
Le point à surveiller sur l’électrique : prix et durée de vie des batteries. Renseignez-vous sur le coût d’une batterie neuve et la garantie (en km et en années).
Gabarit, poids et ergonomie : ne pas se faire piéger
On a tendance à sous-estimer ce point. Un scooter trop lourd, trop haut de selle ou trop long, et chaque manœuvre en ville devient une galère.
À vérifier impérativement en concession :
- Hauteur de selle : vous devez poser au moins la pointe des deux pieds au sol, à l’aise.
- Poids : en dessous de 130 kg pour un 50, 110–160 kg pour un 125 urbain.
- Position de conduite : jambes pas trop pliées, pas les genoux dans le guidon.
- Rayon de braquage : essayez de faire demi-tour sur place dans la concession.
- Espace de rangement : un casque intégral rentre-t-il sous la selle ?
Anecdote : j’ai vu trop de débutants tomber à l’arrêt parce qu’ils avaient pris un scooter sur lequel ils touchaient à peine le sol, souvent parce que « le modèle au-dessus était plus beau ». En ville, le style ne compensera jamais un gabarit mal adapté.
Sécurité et freinage : ne pas rogner sur ces options
En milieu urbain, la priorité, ce n’est pas la vitesse, c’est la capacité à éviter l’accident et à s’arrêter court sur le mouillé.
Les éléments clés :
- ABS (système antiblocage des roues) : idéal sur les 125 et plus. Permet de freiner fort sans bloquer les roues.
- CBS (freinage combiné) : au minimum sur un 50 ou un petit 125. Moins performant qu’un ABS mais mieux que rien.
- Diamètre des roues : en ville, les roues de 12 pouces et plus sont plus stables sur les pavés, rails de tram, trous.
- Pneus : privilégiez des pneus urbains réputés (Michelin City Grip, Pirelli Angel, etc.). C’est un des meilleurs investissements sécurité.
Si vous hésitez entre deux modèles très proches, prenez celui qui a le meilleur freinage et les meilleurs pneus, même s’il est un peu moins « joli » ou un poil plus cher.
Fiabilité, entretien et coût à l’usage
On ne roule pas qu’avec le prix d’achat. Un scooter pas cher à la base peut devenir un gouffre si les révisions sont lourdes et les pièces hors de prix.
À demander systématiquement avant achat :
- Prix de la révision des 1000 km (ou 1er entretien).
- Prix des révisions courantes (tous les 4000–6000–10 000 km selon le modèle).
- Fréquence de vidange, courroie, galets.
- Coût des consommables : pneus, plaquettes, transmission.
En général :
- Un 50 cm³ : révisions fréquentes mais simples et pas trop chères.
- Un 125 cm³ japonais ou coréen : souvent très fiables, entretien raisonnable.
- Un scooter « discount » : pas cher à l’achat, mais fiabilité aléatoire et pièces parfois difficiles à trouver.
Regardez aussi l’assurance : pour un premier scooter, la RC + vol + incendie peut vite grimper. Demandez plusieurs devis avant d’arrêter votre choix de modèle, surtout si vous visez un scooter très volé (TMAX, PCX, etc.).
Neuf ou occasion : où est le vrai bon plan ?
Pour un premier scooter, les deux se défendent, mais pas pour les mêmes profils.
Le neuf :
- Garantie 2 ans (souvent plus sur l’électrique).
- Pas d’historique douteux.
- Permet de financer en crédit ou LOA plus facilement.
- Parfait si vous êtes du genre à vouloir « tranquille » pendant quelques années.
L’occasion :
- Prix d’achat plus bas.
- Intéressant pour tester un type de scooter sans exploser le budget.
- Permet parfois de viser une gamme au-dessus pour le même prix.
Si vous partez sur de l’occasion, voici ma check-list minimale :
- Demandez les factures d’entretien (révisions, pièces, consommables).
- Vérifiez l’état des pneus (usure régulière, pas de craquelure).
- Contrôlez les freins (course du levier, pas de bruit métallique).
- Regardez les carénages : rayures profondes, traces de chute.
- Contrôlez le jeu dans la direction (pas de « point dur » quand on tourne le guidon).
- Essayez-le absolument, même 5 minutes, pour sentir si tout est cohérent (accélération, freinage, stabilité).
Évitez les scooters modifiés (variateur, pot, éclairage non homologué) pour un premier achat. Plus de risque de panne, plus de problèmes avec l’assurance en cas de pépin.
Les équipements indispensables pour rouler tous les jours
Le budget scooter sans équipement, c’est incomplet. Vous allez tomber au moins une fois (même à l’arrêt), ou croiser un automobiliste distrait. Il faut être habillé pour.
À prévoir dès le début :
- Casque intégral ou modulable : oubliez le jet si vous roulez toute l’année en ville, votre menton vous dira merci.
- Gants homologués : obligatoires, et franchement indispensables.
- Blouson avec protections (coudes, épaules, idéalement dorsale).
- Antivol de qualité (U ou chaîne homologué SRA). En ville, c’est aussi important que le casque.
- Tablier de protection si vous roulez sous la pluie ou l’hiver (un des meilleurs investissements confort).
Ne faites pas l’erreur de claquer tout le budget dans le scooter et de prendre un casque bas de gamme, des gants en laine et un cadenas de vélo. En cas de problème, ce n’est pas le scooter qui finit à l’hôpital.
Options et équipements du scooter : ce qui vaut vraiment le coup
Beaucoup de scooters urbains sont livrés plutôt « nus » pour afficher un prix d’appel bas. Ensuite, on vous propose la liste des options :
- Top-case : très utile en ville pour ranger un deuxième casque, les courses, un sac. À privilégier, surtout si le coffre sous selle est petit.
- Bulle haute : améliore le confort sur périphérique et par temps froid. Intéressant si vous faites plus de 15–20 km par jour.
- Prise USB : pratique pour recharger le téléphone utilisé en GPS.
- Repose-pieds passager et poignée de maintien correctes : si vous roulez à deux régulièrement.
- Alarme / traceur GPS : à envisager si vous garez dans la rue, surtout dans une grande ville.
Mon trio de base pour un urbain quotidien : top-case + vraie bulle + bon antivol. Ce n’est pas glamour, mais ça change la vie.
Check-list rapide avant de signer
Avant de sortir le chéquier (ou la carte bleue), reprenez point par point :
- Le scooter est-il adapté à votre trajet type (distance, type de routes) ?
- Est-il dans votre budget global (achat + équipement + assurance + entretien) ?
- Pouvez-vous le manœuvrer facilement à l’arrêt (demi-tour, marche arrière en poussant) ?
- Les équipements de sécurité sont-ils corrects (ABS/CBS, pneus de qualité) ?
- Le concess vous a-t-il donné les tarifs des révisions noir sur blanc ?
- Avez-vous déjà prévu au moins :
- Un casque correct
- Des gants homologués
- Un antivol sérieux
Si plusieurs réponses sont floues (« je verrai plus tard », « on verra pour l’antivol »), c’est souvent le signe qu’il faut temporiser et affiner votre choix.
Les erreurs fréquentes des débutants… et comment les éviter
Je termine par ce que je vois le plus souvent sur le terrain :
- Prendre trop gros, trop lourd « au cas où ». Pour débuter, visez maniable avant tout. Le « au cas où » finit souvent en chute bête sur un parking.
- Négliger l’assurance. Prendre le moins cher sans regarder les garanties vol, conducteur, franchise. Le jour où on vous vole le scooter, vous regrettez longtemps.
- Ignorer les pneus. Des pneus rincés sur un scooter, surtout sous la pluie, c’est l’assurance d’une glissade tôt ou tard.
- Se fier au look plus qu’aux fiches techniques. En ville, on a besoin de freiner fort, tourner court et être visible. Le reste, c’est du bonus.
- Oublier l’antivol dans le budget. Un scooter urbain sans bon antivol, c’est une invitation.
- Reporter l’équipement pilote à « plus tard ». Le jour où « plus tard » arrive, c’est souvent par surprise.
Un bon premier scooter urbain, ce n’est pas celui qui fait le plus rêver sur la brochure, c’est celui que vous utiliserez tous les jours sans vous poser la question, qui démarre tous les matins, qui freine droit sous la pluie, qui ne vous ruine pas en entretien, et avec lequel vous vous sentez à l’aise.
Si vous hésitez entre plusieurs modèles ou que vous voulez qu’on décortique un scooter en particulier (fiabilité réelle, coût d’entretien, comportement en ville), prenez vos infos (modèle, année, kilométrage) et posez tout ça à plat. En mécanique comme en mobilité, ce sont les détails qu’on regarde avant l’achat qui évitent les grosses galères après.