Acheter un scooter d’occasion chez un particulier, ça peut être une excellente affaire… ou un nid à emmerdes. Entre le compteur trafiqué, le moteur rincé à froid et les papiers pas nets, on voit de tout. L’idée de cet article, c’est de te donner une méthode simple, concrète, pour vérifier un scooter avant de sortir l’argent, et éviter de jouer à la loterie.
Avant même de te déplacer : filtrer les mauvaises annonces
Avant d’aller voir un scooter, on élimine déjà les plans foireux derrière l’écran.
Sur l’annonce, pose-toi ces questions :
- Prix anormalement bas ? Si le scooter est 20 à 30 % sous la cote pour le même modèle/kilométrage, méfiance. Soit il cache un gros souci, soit il est volé, soit les papiers ne sont pas en règle.
- Kilométrage cohérent ? Un 125cm³ de 10 ans avec 4 000 km « toujours utilisé pour aller au travail » : ça ne colle pas. Un usage régulier, c’est plutôt 3 000 à 5 000 km/an minimum.
- Photos nettes et complètes ? On doit voir les deux côtés, l’avant, l’arrière, le compteur, la plaque, et idéalement le moteur ou au moins la zone sous la selle. Une annonce avec deux photos floues de nuit, tu peux déjà la zapper.
- Factures et entretien ? Demande par message : « Vous avez les factures d’entretien, carnet, CT (si applicable) ? ». Si la réponse, c’est « non mais tout a été fait régulièrement », ça veut souvent dire : rien n’a été fait.
Déjà là, tu vas éliminer facilement 30 à 40 % des scooters « pas clairs ».
Ce qu’il faut demander au téléphone avant le rendez-vous
Un coup de fil de 5 minutes fait gagner beaucoup de temps. Pose des questions précises, pas « il est en bon état ? » (tout le monde dira oui).
- Année, kilométrage exact, date d’achat par le vendeur : ça doit coller avec la carte grise.
- Usage principal : ville, route, livraisons, duo, etc. Un scooter de livreur aura souvent beaucoup de kilomètres « rudes ».
- Dernier entretien et ce qui a été fait : vidange, courroie, galets, pneus, plaquettes. Si le vendeur ne sait pas ce qu’est une courroie ou des galets, il n’a probablement jamais entretenu le scooter sérieusement.
- Accidents ou chutes : là, je ne cherche pas un mensonge, je cherche la façon de répondre. Quelqu’un qui dit franchement « oui, une petite chute à l’arrêt, carénage rayé à droite » est souvent plus fiable que le gars qui répond « jamais » alors que tu vois déjà le rétro cassé sur la photo.
- Raison de la vente : ça peut être un déménagement, l’achat d’une moto, etc. Mais si c’est « je viens de l’acheter il y a 2 mois », perso je veux une très bonne explication.
Si le feeling est mauvais au téléphone (réponses floues, agacement, contradictions), ne perds pas ton temps.
Arrivé sur place : la première impression compte
Quand tu arrives, ne te jette pas direct sur le kick.
Regarde d’abord l’environnement :
- Le scooter dort-il dans un garage ou sur le trottoir ?
- Autour, tu vois des outils, un établi, des produits d’entretien ou juste des canettes de bière et des pneus lisses ?
- Le vendeur a-t-il l’air de connaître un minimum ce qu’il vend, ou découvre-t-il le modèle en même temps que toi ?
Ensuite, observe le scooter à froid. S’il est déjà chaud à ton arrivée alors que vous aviez rendez-vous à heure fixe, ce n’est pas bon signe : certains vendeurs calent le moteur pour qu’il démarre mieux et masque les bruits à froid.
Inspection visuelle : ce que tu peux voir sans outils
On commence par tout ce qui saute aux yeux, et qui en dit long sur l’historique.
- Carénages et alignements : regarde bien les jonctions de plastiques. Si ça baille, si les vis ne sont pas d’origine, s’il y a des fissures, c’est souvent signe de chute ou de remontage à la va-vite.
- Guidon et roues alignés : mets la roue avant dans l’axe, regarde de face. Le guidon doit être droit. Si ce n’est pas le cas, possible choc ou fourche tordue.
- Traces de choc : embout de guidon râpé, repose-pieds rayés, pot d’échappement griffé, flancs abîmés. Une petite gamelle, ce n’est pas grave si le vendeur en a parlé. Mais s’il a juré « jamais tombé » et que tu vois des rayures partout côté droit… tu sais à qui tu as affaire.
- État des pneus : vérifie la profondeur de la gomme (témoins d’usure). Un pneu carré (plat au milieu) indique beaucoup de ligne droite. Un pneu craquelé = vieillesse, même si la gomme n’est pas usée, il faudra le changer.
- Fuites visibles : regarde sous le moteur, au sol. Tache d’huile, d’essence, de liquide de refroidissement = alerte.
- Rustines électriques maison : fils qui traînent, dominos, ruban isolant partout, clignos non d’origine montés sale. Ça finit rarement bien à moyen terme.
Un scooter propre, ce n’est pas forcément un scooter sain, mais un scooter négligé, c’est quasi toujours un scooter mal entretenu.
Moteur à froid : les points qui ne mentent pas
L’état du moteur, c’est le cœur du sujet. Quelques vérifications simples t’évitent de reprendre un haut-moteur 2 mois après l’achat.
- Démarrage à froid : il doit démarrer sans galérer. S’il faut insister longtemps, accélérer à fond ou si ça cale aussitôt, il y a un problème (carburation, soupapes, compression, batterie faible…)).
- Bruits suspects : au ralenti, écoute :
- claquement métallique qui suit le régime : possible jeu aux soupapes ou chaîne de distribution fatiguée ;
- bruit de roulement grave : ça peut être roulement de vilebrequin ou variateur, pas bon ;
- bruit de casserole dans le pot : chicane dessoudée.
- Fumée à l’échappement :
- 2T : un peu de fumée à froid, normal ; gros nuage constant = consomme trop d’huile ;
- 4T : fumée bleue = brûle de l’huile ; fumée blanche persistante = possible joint de culasse (sur moteur refroidi liquide).
- Stabilité du ralenti : une fois chaud, il doit rester stable, sans hoqueter ni caler dès que tu touches à la poignée de gaz.
- Odeur d’essence forte : risque de fuite, de carburation trop riche ou de durite poreuse.
Si tu n’es pas sûr de toi sur les bruits, n’hésite pas à filmer le moteur en marche et à demander l’avis d’un mécano ou d’un pote qui s’y connaît.
Partie cycle : là où beaucoup ne regardent jamais
Un scooter qui freine mal, qui louvoie ou qui tape dans les trous, c’est fatiguant et dangereux. Et ça coûte cher à remettre d’équerre.
- Fourche :
- Pompe plusieurs fois en freinant de l’avant : ça doit être souple, sans claquement sec ;
- regarde les tubes de fourche : pas de trace d’huile, pas de rayures profondes ;
- s’il y a de l’huile, les joints spi sont morts, il faudra les changer.
- Amortisseur arrière :
- assis dessus, le scooter doit s’enfoncer et revenir sans rebondir 3 fois ;
- si c’est raide comme un bout de bois ou au contraire un trampoline, l’amorto est à prévoir.
- Freins :
- épaisseur des plaquettes discutable ? Si tu ne vois presque plus de garniture, c’est à changer bientôt ;
- disque rayé en profondeur ou avec une grosse marche au bord = usé ;
- levier spongieux ou qui vient presque au guidon = purge ou maître-cylindre à faire.
- Jeux dans la direction :
- sur béquille centrale, roue avant en l’air ;
- freine de l’avant et pousse–tire le scooter d’avant en arrière ;
- si tu sens un « cloc » net, possible jeu dans les roulements de direction.
- Roulements de roues :
- toujours roue levée, fais-la tourner ;
- pas de grondement ni de point dur ;
- prends la roue à deux mains et essaie de la bouger latéralement : ça ne doit pas bouger.
Une partie cycle saine, ça fait la différence entre un scooter « bof » et un engin dans lequel tu te sens en confiance tous les jours.
Transmission, variateur, courroie : le portefeuille se joue là
Sur beaucoup de scooters, le poste « transmission » peut vite chiffrer : courroie, galets, embrayage, roulement de variateur…
- Au démarrage :
- le scooter doit partir franchement, sans patiner 2 secondes avant d’avancer ;
- si ça hurle dans le vide avant de bouger, l’embrayage ou la courroie sont fatigués.
- En accélération :
- la montée en régime doit être régulière ;
- des à-coups, des trous à l’accélération, ce n’est pas bon signe.
- Vibrations :
- des vibrations fortes au démarrage ou entre 40 et 60 km/h pointent souvent vers les galets ou l’embrayage ;
- des vibrations permanentes peuvent venir des pneus ou des roulements.
N’hésite pas à demander la dernière facture de remplacement de la courroie. Sur un 125cm³, on est souvent sur une périodicité de 15 000 à 20 000 km (à vérifier selon le modèle). Si la courroie a 25 000 km ou plus, tu peux raisonnablement intégrer son changement dans la négociation.
Essai sur route : ne fais pas l’impasse
Jamais d’achat sans essai, sauf si tu aimes pousser à la main.
- Démarrage à chaud : coupe, attends 5 minutes, redémarre. Ça doit repartir au quart de tour.
- Stabilité :
- à 30–40 km/h, lâche légèrement le guidon (sans faire le fou) ;
- le scooter doit rester en ligne ;
- s’il tire d’un côté, soit la direction est déréglée, soit le cadre a pris cher.
- Freinage :
- test de frein avant seul, puis arrière seul, puis les deux ;
- ça doit freiner droit, sans vibration ;
- si l’ABS est présent, vérifie qu’il s’active sur un freinage fort sur sol propre (tu sens des pulsations dans le levier).
- Broutements, trous, ratés :
- accélère progressivement ;
- pas de gros trou entre deux régimes, pas de ratés francs ;
- un moteur qui broute peut annoncer carburateur encrassé, injection capricieuse ou bougie/anti-parasite fatigués.
- Compteur et instruments :
- le compteur de vitesse doit réagir normalement ;
- vérifie que la jauge d’essence, les voyants (huile, moteur, ABS) s’allument correctement au contact puis s’éteignent quand le moteur tourne.
Profite de l’essai pour te demander aussi si le scooter te convient : position de conduite, hauteur de selle, largeur (pour se faufiler en ville), protection au vent, etc.
Électricité, éclairage et détails qui fâchent
Les pannes électriques à la chaîne, c’est vite infernal. Tu peux déjà vérifier pas mal de choses sur place.
- Éclairage :
- code, phare, clignotants, warnings, feu stop, éclairage de plaque ;
- un feu HS, ce n’est pas dramatique, mais plusieurs éclairages morts, c’est souvent signe de bricolage douteux ou de masse foireuse.
- Démarreur et batterie :
- le démarreur doit lancer le moteur franchement ;
- si ça peine, la batterie peut être en fin de vie ou la charge ne se fait pas bien.
- Contacteur et neiman :
- pas de jeu énorme dans le contacteur ;
- le guidon se bloque bien en position verrouillée ;
- une clé qui tourne « dans le vide » ou qui coince, c’est à prendre très au sérieux.
- Accessoires ajoutés :
- prise USB, support téléphone, alarme : vérifie que tout est fonctionnel ;
- regarde comment c’est branché : proprement ou à la sauvage sur les fils d’origine.
Papiers, administratif et points légaux à vérifier absolument
Là, on quitte la mécanique, mais c’est tout aussi important. Un scooter nickel sur lequel tu ne peux pas faire de carte grise, c’est juste un presse-papiers très cher.
- Carte grise (certificat d’immatriculation) :
- le nom sur la carte grise doit être celui du vendeur (ou avoir une procuration claire s’il vend pour quelqu’un) ;
- le numéro de série (VIN) sur le cadre doit correspondre à celui de la carte grise ;
- vérifie aussi la date de première mise en circulation et le genre (L1e, L3e, etc.).
- Certificat de non-gage :
- demande un certificat de situation administrative daté de moins de 15 jours ;
- s’il refuse ou « oublie », tu peux en générer un toi-même en ligne avec le numéro d’immatriculation et la date de première mise en circulation.
- Contrôle technique (si applicable à la date d’achat) :
- selon la réglementation au moment où tu lis ces lignes, certains deux-roues peuvent être soumis au CT ;
- vérifie les obligations en vigueur et si un CT est nécessaire pour l’immatriculation ou la vente.
- Factures et historique :
- factures d’entretien, pneus, révisions, pièces changées ;
- un vendeur qui sort une pochette avec les factures triées inspire clairement plus confiance que celui qui « a tout perdu dans un déménagement ».
- Nombre d’anciens propriétaires :
- indiqué sur la carte grise et/ou visible via le rapport Histovec ;
- un scooter qui change de main tous les ans, ce n’est pas toujours bon signe.
Au moment de la vente, pense à repartir avec :
- Carte grise barrée avec la mention « vendu le… » + date et heure, et signature du vendeur.
- Certificat de cession rempli et signé (les deux exemplaires).
- Certificat de non-gage récent.
- Éventuellement, un double des clés (ne jamais sous-estimer la valeur d’un double).
Négocier sans se fâcher : se baser sur des faits
Une fois le scooter passé au crible, tu as une liste de défauts. C’est ta base de négociation.
Par exemple :
- Pneus HS à changer rapidement : compte environ 150–200 € montés pour un 125cm³.
- Courroie + galets à remplacer bientôt : suivant le modèle, 150–300 € pièces et MO.
- Freins (disque + plaquettes) en fin de vie : 100–200 € selon la machine.
- Entretien inexistant ou sans facture : tu devras repartir sur un gros entretien de sécurité.
Tu peux ensuite dire calmement :
« Pour moi, il y en a pour environ XXX € de frais à faire rapidement (pneus, freins, courroie…). Si on les enlève du prix, je suis prêt à repartir avec le scooter aujourd’hui. »
Si le vendeur s’énerve ou refuse toute discussion alors que les défauts sont objectifs, rien ne t’oblige à acheter. Un bon scooter, ça se trouve. Un bon acheteur trop pressé, lui, se fait souvent avoir.
Check-list rapide à garder sur toi
Pour finir, une check-list que tu peux imprimer ou garder sur ton téléphone au moment de la visite.
- Annonce et premier contact :
- Prix cohérent avec la cote ?
- Kilométrage crédible pour l’âge ?
- Factures, entretien, historique disponibles ?
- Raison de la vente claire ?
- Sur place, à froid :
- Scooter pas déjà chaud à ton arrivée.
- Alignement guidon/roues OK.
- Pas de grosses fuites visibles.
- Carénages, pot, leviers : traces de chutes cohérentes avec le discours ?
- Moteur et partie cycle :
- Démarrage facile à froid et à chaud.
- Ralenti stable, pas de fumée suspecte.
- Pneus, freins, suspensions en état correct.
- Direction sans jeu, scooter stable à vitesse normale.
- Électricité :
- Feux, clignos, klaxon OK.
- Compteur, jauge, voyants fonctionnent.
- Démarreur vif, pas de câblage « bidouille » grossier.
- Papiers :
- Carte grise au bon nom + VIN concordant.
- Certificat de non-gage récent.
- Factures d’entretien si possible.
- Certificat de cession rempli et signé le jour J.
En suivant cette méthode, tu ne seras jamais sûr à 100 %, mais tu élimineras déjà l’immense majorité des mauvaises surprises. Et surtout, tu sauras pourquoi tu achètes ce scooter-là, à ce prix-là, avec telle liste de travaux à prévoir. C’est comme ça qu’on reste maître de son budget… et qu’on roule serein.